PALSEMBLEU

L'EFFACEMENT DU TEXTE CONVOQUE L'UNISSON D'IMMOBILITÉS






VIDEO





CRÉATION 2018
conception : Anna Gaïotti
chorégraphie : Thomas Bîrzan, Chloe Chignell, Anna Gaïotti,
interprétation : Chloe Chignell, Silvia Di Rienzo, Anna Gaïotti
d’après les textes et dessins de LITTORALS de Anna Gaïotti (2017).
musique : Thibaut de Raymond
lumières : Anna Gaïotti, Baptiste Joxe
régie: Baptiste Joxe
regard extérieur : , Estelle Gautier, Bojana Cvejik
production : LOVALOT
co-productions : Ménagerie de Verre, P.A.R.T.S, CND Pantin (prêt de studio).

Création à la Ménagerie de Verre, Etrange Cargo en avril 2018





PRESSE :
toute la culture
Ballroom revue juin 2018 (papier)





« je vomis du nez, le sang bleu
de la nuit ( »

l’amour est ça ce que tous les contours ne peuvent pas être nets. une friction de l’environnement qui touche et regarde en tremblant la nuit. la ligne de l’édifice, l’éther d’un possible sans tire sans presse. les corps perturbés perturbent.
ils pansent le désir vertébré et sautant secoués de rythmes. le blizzard dans les cils. l’aisselle étendue. la mule qui bazarde sa responsabilité. l’herbe hilare crassée de neige artificielle.
pourquoi sommes-nous là ? pourquoi sommes ce leste d’humanité qui pivote dans l’espace ébréché de solitudes ? pourquoi sommes nous si avides de fatigue ?

PALSEMBLEU est une danse en trio de deux corps, siamois attachés par l’envie, détaché dans un espace dissolu. La relation est soumise aux attractions, distractions, déviations, confusions, érections de la chair et du corps fragmenté. L’intimité évolue d’entre les os d’une tribue, tant comme l’expérience numineuse du corps érotique que la création de formes fétiches dans la danse.
Dans le recueil LITTORALS, Anna Gaïotti raconte une longue fête, l’expérience de la déchéance, l’abandon dans le son, le corps qui brûle dans la déformation sensorielle ; puis le retour de cette sur-vie, faisant face à l’océan, son froid et sa profondeur pénétrante et morbide. Le travail de PALSEMBLEU est la traduction du texte vers un langage de gestes indépendants, répertoriés dans un chœur de corps.
La chorégraphie est le relai de mémoires embuées par le fantasme ou par le rêve, d’insouciances et d’altruismes sensuels. Les trois clowns blancs sont tels des activistes de l’érotisme, ils interpellent les sexualités misent au seuil de leur réalité crue, s’attachant à qui se lie au risque de la contamination, celle-là symbolique ou celle-là réelle, et évoque une violence, sociale, feutrée et virulente.
Le musicien Thibaut de Raymond embrase le conte de cette danse par son geste de rythmes, minimal, ou extatiques, il obsède et arche l’espace des souffles et des percussions distordues par l’électronique.



LITTORALS


textes écrits entre deux caps qui se font face, le fort de Bertheaume à Plougonvelin et Berivanel commune de Goulien sur la cap Cizun. L’étendue d’eau qui les sépare est chaque jour d’un bleu différent, d’un froid pénétrant le corps différent.

Les textes ne sont pas délivrés dans un ordre chronologique.
Cependant, BLEU fut écrit après LE POIDS D’ORGUE DE L’ANGE.
BLEU vient comme un empire environnemental. LE POIDS D’ORGUE DE L’ANGE est la présente d’un acte qui sillonne et écrit les corps acharnés –décharnés, et correspond avec une série de 29 dessins.





BLEU
(environnement)



1#
pâle sang bleu. crainte d’être le signe d’un objet, la langue d’une fécondité.
ce qui rentre dedans.
la propriété des rythmes, la prudence des dents sur la ligne noire que nous regardons bitumer
mordu dans la roche hébété de sel. pas prudent pas peureux de caresses.
une horde – petite – horde de cancres
au bord.

sur le divan du vieux, à qui je charge la tige,
une sueur se conserve, glacée sur un terrain mauve
pour la petite horde des dissidents miroitant.
elle
tombe de sa lèvre brève. rien resserre le regard des ventres acides
sur la falaise béton.



2#
les jours se lèvent
_______________belles cames
que je ne m’entends les sourds fouets, fous à queue-là.
la ritournelle,
trépigne sur la table des mépris.
falsifier une vie entière.
tu danserai la malle de bides des flots,
quand tu susurra : « merde volontaire »

le serpent chie sur la face d’un buvard.
les reines gazent dans les gorges. tout de jus aspergé dans les poumons, le plein visage anthracite s’assoit sur l’horizon,
et nous disparaissons dans l’aile fatiguée de cette vagondolée violente
du bleu de plein d’yeux qui ont exaspérés.
mâchant ferme les fers et l’entêtée bizarre de deux amis, puis deux
amants se détestant.



#3
le tee-shirt blanc froissé,

silhouettes qu’on croit vivants dans l’hymne d’un vent. musée pour pieds.
qu’est-ce que cherche davantage cette ruine du corps immature ? l’amer ?

la peinture s’allume, s’informe d’asthme par les contours,
repeindre les lumières ; tordre chaque allumette ; aller sous les las
dans la pénombre et la, matin, grince.
chaque jour est un retour indigné de bâton, pince.



#4
rompt les radars sur le fleuve indigo
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#5
avorter
une étendue d’yeux bleus que je reconnais qui me reconnaissent



#6
une bite, sa forme et son fantôme
(pas son ombre)
à quel moment sort-on de la graphe ? à quel moment pousse-t-on davantage une incertitude ? à quel moment de la figure devient-elle un paysage ?
le moment de doute est une réelle rupture, un geste qui bascule vers ce qui mord, envahit ou tend l’espace dans une vasque élastique.
le doute. cette rose d’incertitude transmet l’espace à la figure.
lui donne ainsi l’habit d’un paysage. mais dans ce paysage il n’y a pas de bas relief, il se peut qu’il n’y ai pas l’élément d’un paysage tel qu’on use le paysage (sans mélodie pré requise).
la profondeur du champs dépendra donc de la seule volonté du regard à plonger dans ce qui bascule entre le regard et le corps.
pas de transformation, de la diffamation.



#7
deux alcôves, le terrain anxieux de la lèvre supérieure, elle se détache, se fâche à l’arrière. la flèche, crève l’œil d’un curée en habit d’orfèvre fuchsia.
toute la foule de pétasses écœurées lime la côte d’une marche sourde - si sourde

le chœur de corps qui ne laisse passer l’air entre chaque pore mutilé, marche d’un pas de horde concentrée, blanchie pas le pas. la bise de plâtre, la baie brosse, la brume de baisers inféconds taisent toute pensée d’un fantasme univore. il n’y a pas plus réel que cette extra foule en jupe qui remontent à la fesse !
ronronne le souvenir de l’eau jaune
la pisse gondole ton sourire



#8
lune amorce cette zone sans contour à la lumière des chaleurs et des froideurs.
pèlent le ciel, où
les cercles montent, descendent, fendent, s’auto-éventrent.
la foule avance à rapidité inattendue.
longe le littoral, borde les pointes, encaisse le mur, encaisse le deuxième mur, se fait abattre et se relève.
la foule passe comme un monstre (le stigmates de nos ruines)

trois minutes d’œuf affolé dans l’île éventrée du corps. j’ai oublié qui je suis, qui je semble, qui je sens, qui j’éprends.
(il sera venu de fondre d’émeraude, de pluriel, de méandre de verre)



#9
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#10
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#11
mur mur
mur la pute passive et le tee-shirt qui regarde l’intérieur du corps,
muet puis bavard puis muet puis mort.



#12
sue d’une aisselle gauche, je te laisse venir
l’eau est là.
l’eau tend.
l’eau.
sa turquoise impalpable,
voûte, d’algide.
une colonne éparpillée.
il ne reste que son regard aveugle qui touche l’ordre du sang.

ce qui me tient en vie est ce qui peut me prendre : la profondeur dans la nature, qu’elle soit profondeur de champs ou profondeur trouble d’où surviennent les phosphorescences.



#13
(enfance artificielle)
les trois choses empreintes de cette surface de terre : des beautés, des clochards, des connards. chacun est dépouillé d’humanité autant qu’il reconstitue la dite humanité.



#14
tu es sur un plan immergé, un manque de gravité, un abandon dans le froid qui te fais regarder les couleurs qui t’observent.
recule. recule. recule encore.
lorsque tu effaces le texte, recule et piétine le bord. piétine la chute. piétine toi qui te retrouves recouvré d’eau salée.



#15
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#16
une aile au cul du village.



#17
elle s’ébande.

touche mon cou de ta barbe
(les cheveux accrochés à l’avenir)
les lunes lâchées sur les corps asservis.
les courants d’eau marbres pour longtemps.



#18
plus d’estrade.
jusque sur l’île. jusque sous l’île.
et derrière l’île, alla pourrir cette cœurette sans culotte.



#19
assaille le littoral,
l’émeraude au-dessous inonde ignore.
le faisceau intime
masque dans le sang.
néon inhale le rêve.
l’image d’une ville avalée,
des baraques grises aux petites et rares fenêtres.
je m’immole d’amnésie.
clignotement des buées
quand tout s’arrête en unisson.
les douceurs téméraires des carrures siamoises.
ce jour, à l’orée
gonale la crête des dames.
fort en face la caresse violente de
s’y rompre comme un éblouissement,
se valser d’entre les îles.








LE POIDS D’ORGUE DE L’ANGE
(les corps)



#20
le poids d’orgue de l’ange
la plante injectée de l’ange, siamois à l’autre
pénurie des ombres lors d’une nuit de féroces.
prenez cher la laisse de la liberté !
l’espace par là où les tordes
les museaux s’alignent. yeux mi clos.
le lapin et la torture.

le grand homme roux,
à qui je lèche l’index pour récupérer la pointe
l’as, les traces, les petits quarts à se jeter
sous la dent. le corps reste, pend son
apprivoisement et son addiction au feu sonore des nuits râlent.

l’errance est aux pieds quelque part, cœur
noir de suie qui tourbe son corps
sous les lèvres gonflées d’une lune.
jusque dans sa ruine, le calme toxique
traversée vers le dôme-tel
dit-le t-elle. aime sancir, de baisers
séchés, le sillon rendez-vous des amants perdus.

lape l’onoma
topée le gras qui gesticule dans
le troupeau endormi des clochards éphémères.
sa corne musclée
les crampes d’un au diable son.



#21
un bras en flamme. la mort d’un être
à capuche chargée, la quête chargée,
pétillante : celle rutilant dans un drapeau de paillettes.
le jus éjaculé dans
le nez, et sur cette caresse d’os, cagée
de douceur. l’ange ferme presque les paupières
un temps de prière sans mot.
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)
le froid le chaud copulent sous les capuches.



#22
des _______ qui rendent les bouches suceuses
entonnent la
pâte noire, d’un cul à cul trempés
ensemble dans la verge
jusqu’à cette bouche enduite de ______ et de boutures de doigts enclenchées.
peindre une massue qui fasse d’un
homme à main, le terroir de
la table, accent sur les dents écartées de
vie, tartelées de cassures de vie – panne
la houle est indéfinie.
elle est même juste
ébréchée par le regard billant
mèches calcaires raides où flottent
rafraîchies des barques
phallus trempés et
durs



#23
le mouvement des purées vaudous
exaspère, les pets niquent
chaque grain de coffe battu
les presques d’îles d’eaux tues,
branle.
éther dit-indemne. la figure coloriée
de sang explosée de sève
entre les os de la foule déperdue.
on ne voit pas les grains de soleil
lacérés, de l’herbe qui digère l’ectasie.
mouille et mouille, sincère
l’ange violaté s’accroche à son menton.



#24
les flancs d’une figure aspirent
la veine rail dans ses talons, vue
dune sur les talons, qui flâne du sol d’âme.
idiote visage !
sur un terrain de fleurs fraiches et fâchées
ordures sous les talons, foule
les courbes coupantes du miroir.
engueuler les arbres, grappiller les nuages verts dans le bleu étain .
la hanche se ferme.



#25
tout désuet
l’ange sous l’exhalation d’une lune aux lèvres violant
la dalle d’eau,
l’entaille d’un horizon,
l’éther d’un bleu siamois,
masse d’acide, d’aurore blanche
d’hilare raie, d’amour geai.




#26
l’aine piquée

c’est la pleine lune gorgée de mille joues
qui plonge dans le ventre du bébé bandant
écaillant sa tige dans la gueule forcée.
les mains d’ange accrochent les dents qui se débattent à peine.

ces temps hors-corde saccadés
pendant, scie
l’inexistable.

cette
histoire,
un garçon
et d’une fille ou encore un garçon,
dans une vanne qui éjacule un humour,
les carillons pannent et la plage
s’ouvre mutilée aux nudités scellées.
capuche et capuche se retrouvent collés dans
l’amas des bites bestioles.

rumeur.

la tonne d’astres murmurent.
l’anus du lapin est un vase avide.
une question pudique : comment se fenestrer ?
à cet angle l’homme est une perte
pour les coulisses, pour les fluides ulysses.



#27
je m’accroche à ton bras, son aile
garnie de mains aux doigts bandés
ou brandis.
s’accrocher pour rien.
je décroche donc
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)
la pluie polie

balbotte sa dent
quart pleure du cœur
peine hissée inhélice et chaque sucre rosse à chaque seconde.

rupture encore.
rapte comme abonnement.



#28
arrêt de mort des bouches sèches.

esclaves du temps sauf quand nous passons ce temps à peser l’espace.
le matelas résonne, la peau de l’estomac colmaté dans l’engrais, imaginaire lacéré
office de creux, et claque les os gainés dans la colle. le sexe est perdu.
je n’ai pas vu disparaître les couleurs de mon visage. j’ai avalé les couleurs. mon sang est bleu et pivoiné de couleurs de feu.



#29
une lueur quelque tard, une lueur une bataille tu t’appelles batailles rebelles sous le son tapé de mes jambes. tout soubresaut fâché que je jette d’un bras droit tendu derrière mon corps, le gauche pilier, et juste des coups à coup de sang sur le rythme de l’enfance arrachée. dalles sourdes.
si je me souviens de cet ange qui se pend, erre et se prend et erre et prend et sangsue le monde d’une lèvre d’un bout d’oreille d’un bout de corps rattaché à l’inquiétude.
abondé bandé, bander tout de rire abscons par leurre quatre cœurs innommés dite, la plage d’une lune gaufrée de son précipice
pornographique. le triangle d’un soleil qui s’étire dans le feu. descente. accrochée aux barres d’aluminium. tout est fable d’une désinvolte. vomis l’enfance. vomis la référence. nus baignés dans l’aube précédente qui levait son drap d’eau glissé.
verrues noires sur cette mer de nuit électrique. fait-on le choix de plaindre, de bander son pénis noir de suie ou d’aimer ?



#30
la rupture
devrait aller
partout dans le rêve.
la danse maintenance
une vraie fessée rosse les bras
d’ange fendu
les cuisses chantent le talque, arrose du bleu le corps caduque
le rire suspendu.
deux chevaliers à pieds, ils s’intitulent : dans le poids d’orgue de l’ange.


nous sommes trop importants.



#31
le précipice du trottoir
garce à rouge à lèpre.
le rêve d’un visage qui éjacule
son soupire sous une barbe
sous un talus de lèvres.
fagot.
lever les ondes m’abîme
d’une course inconditionnelle.
il est l’île ?
quiétude,
à mon insu
je suis quarante à me dresser.
de chœur vers ne
pas dire trop lors que,
je t’aime.



#32
meurt des mains
le pain rassi dans la veine claire dans les dents des arbres
lancent flambant ses jambes cotées.

juste saigne
long homme digue
la rave célestine s’est cassée devant moi.
main croisée tenant un bras l’aile
de doigts apeurés.

je t’exclue de cette capuche
sers-moi de caresses sèches
avant l’aube de la pluie tue
morve mon nom entre les troupes
plates.

insolation des dès
qu’à cela
ne retienne la houleur
du rompt teigne.



#33
la cascade d’une fenêtre inhale le crépuscule.
l’agora est la mâchoire du cheval excité
brûlant à mi-guerre. à mi-faim. à mi-lèvre.



#34
mes yeux massent
la hanche. une vipère translucide s’enroule à ma cheville, chemine en diagonales jusqu’à venir me dire tout près des lèvres – oreilles suies, la suite de mon labeur. à mi-sillonner dans les tombes des chœurs, apprivoise les rythmes dans les jambes strillées, doigts féroces.
pourquoi le sang bleu de cette fameuse caresse d’un arc, gelé, entre le soleil triangle et la moue de lune ?
ne pas toucher l’ange. juste le contourner comme une dédicace crue.



#35
tout ce qui susurre derrière
– le campement sourd, terrain désorganisé, buffles et épaves d’homme têtus. flaque de corps. la tête dans la poubelle court-circuitée de verre, brûle les consciences creuses. ce chant d’un prince dénommé, mi-hilare sur le bitume dégraissé par le sel. après, on se feutre sur la terre en face de l’arbuste cheveu.



#36
l’amour est ça ce que tous les contours ne peuvent pas être nets. une friction de l’environnement qui touche et regarde en tremblant la nuit. la ligne de l’édifice, l’éther d’un possible sans tire sans presse. les corps perturbés perturbent.
pansant l’ailleurs du désir, celui-là vertébré et sautant secoué de rythmes. le blizzard dans les cils. l’aisselle étendue. le fessier chargé. la mule qui bazarde sa responsabilité. l’herbe hilare crassé de neige artificielle.
pas plus que ce chant, queue dessinée vers la dentelle de mon oreille. fossé échappe au câlin indigne. nous étions féroces, acides, chèvres, sur les derniers brins d’air, titubant devant le soleil horizontal blanc qui levait sa cape éblouissante. savane de tessons.
un désert me manque, les glaçons de la nuit réitère d’attraction pédante. pourquoi sommes-nous là ? pourquoi sommes ce jus d’humanité qui pivote dans l’espace ébréché de solitudes ? pourquoi sommes nous si avides de fatigue ?



#37
peu importe qui, une bouche suce l’aube.

pluie immonde.

d’un lot où les tee-shirts noirs se regardent, se parlent, s’accolent, fusillent des doigts et verge balaie.

ce qui est derrière est derrière n’existe plus. les contours entre deux existent trop.

la fuite tâche le noir.

glisse les dents parallèles.

patte blanche murs vides. l’épaisse glace tombe dans l’écho d’août. au mieux, une pipe tourne contre le palais alésé.

colonne hissée. dalle de long corps courbée dans les rêves, la plage, la nuit, quand trois pas s’approchent, il est tassé sans entendre les arrêtes illuminées
dort s’endeuille de rêve.
et je n’existais déjà plus. je maintenais.



#38
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#39
la mèche gominée par les gouttes de sperme d’aube.
il pleut à la fenêtre, ce n’est pas le jour de bal des nez. on ne cueillera ni mûres ni morts.
s’il y a un manifeste imberbe : une petite pute insolente qui crie de ses talons jusqu’à la surface du corps d’un autre, une gourde de praires, des étoiles qui se subordonnent aux mots. le turquoise pénètre fort jouit en joue.



#40
produire des corps

la tête est un doigt, la joue est un phallus, éventrés dans l’arête d’un trottoir.
le clown est une vipère translucide qui attend.



#41
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#42
mayonnaise
pour l’ange de l’ange de l’ange qui voulait tutoyer l’ange. l’ange nie la corne, nargue le pourri, il est pas de vis d’une figure palacre.
jus de baise élève la dérision sur le cul en fournaise. il y a la lave écorchée où s’égratignent les actrices paumées.
le sang réapparaîtra dissident.
tournage d’un film porno sur le basalte dur et saillant d’un flanc. les peaux s’entaillent, se recouvrent de croûtes brûlées par la soleil fasciste.



#43
sang blanc
est parti de mon corps.

la mégère sort pour cracher les larmes de feu vert,
la lune est cachée dans une cavité du cosmos. il faudrait m’ouvrir les veines de la rivière noire, flotte de goudron, pour voir le sang de la vipère.

la vie outre,
je n’ai plus de patience pour douiller d’une humanité qui n’excréme pas. aidez-moi encore à me lever de cette eau qui m’immerge du plafond. l’inconditionnel est dissipé dans les blanches microscopiques, dans les pointes enfoncées au corps sans que je m’aperçoive de l’affaissement.



#44
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



#45
nous jouons la famille des crânes. tels énormes enfants rient fort et brûlent.
le corps brûle. le corps brûle. le corps brûle. le corps brûle. le corps brûle.
le corps brûle
la lèvre verte qui ment et mouille au même instant.



#46
la lune a pris feu dans un temps secondaire
les nichons ont pelés sur le dos d’une rotule

chaque fois, tu gerbes ton bras dans la danse de zouave, les plaintes de ta bouche sont pendues aux arcs de la foule, fouillée, digère vite les graves aplats rebondis de la musique.
cette ligne végète comme les crocs : quelque chose d’immonde que l’on aime être immonde et vivant immondément.
la négociation cassée de la verge sainte dans son plastique.
du nez, crie de plaisir, la queue évacuée dans l’anus.
du poids de la peau de l’apnée de l’acné des positions
vesses messes.
nous sommes des solitudes encastrées dans nos douches de jeunesse,
les morts sont des petites foules sur les corps des géants sur une plage
de sable hilare.
la pulpe flippée par le doigt noir de fard. balaie sa langue de lumière noctale et banale. le vent brute qui ne sait pas attaquer l’eau, ses néants assis sous les pollutions.



#47
le clan destin
ballade lépreuse, juste la langue vire
gore sur la bite d’une fourmis.
dévorée de danse, le bras droit tendu à l’arrière du cœur,
toute la cartographie de ces présences là, une qui bouge et jupe mon regard sourd. j’apprivoise tout ce qui m’apprivoise comme un sort.



#48
archive ta peur archive ton inquiétude archive ton leurre
archive ce que le paysage enrobe ton cœur
batardisation des manques
relais d’une voix creuse, qui creuse ce qu’elle est déjà creuse.



#49
le corps brûle. le corps brûle. le corps brûle. le corps brûle. le corps brûle.
que le corps brille ! sa phosphorescence
j’ai oublié d’éviter les passeurs de rêve chargeant ce monde de spectres féminins



#50
la voix tatouée
d’un gage
d’un rouge



#51
cri dans la voiture.



#52
golé de bleu teinte d’yeux des autres
l’aile gondolée l’arête gondolée révolte gondolée ruine gondolée roche gondolée peur gondolée des milliards de fois remuée. ta gueule gondolée par la sieste



#53
les flancs enflés dans le timbre d’un métal tournant.



#54
(l’effacement du texte convoque l’unisson d’immobilités)



Anna Gaïotti, 2017

crédits photo : Anna Gaïotti, Roger Fusciardi