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10 YEAR INTERVIEW
NOM DE PLUME by BULLITPROOF

Rappel : La question de recherche et la problématique
En prenant pour acquis que le métier de l’art est l’une des carrières les plus précaires dans notre dans notre société, nous nous sommes questionnés sur les différents rapports qu’entretient l’artiste avec son art, son milieu, son public, l’industrie ainsi que le côté financier. Cela nous emmène à choisir comme question de recherche : « Comment vivez-vous le métier d’artiste ? »

En effet, depuis l’arrivée de la marchandisation de l’art, l’artiste entretient une constante relation avec l’argent. Qu’ils le désirent ou non, les artistes seront toujours confrontés à un certain aspect budgétaire dans leur domaine, car il est aujourd’hui très difficile de vivre de son art. On retrouve également une relation instable dû à la difficulté de vendre son art et d’occuper une position stable dans le monde artistique.

L’art est en majeur partie conçue par l’artiste, mais aussi par le public, qui fournie sa perception unique d’une œuvre et c’est cette perception du spectateur qui donne un caractère de redécouverte et d’évolution perpétuelle. Le public justifierait une grande partie de l’œuvre de l’artiste et qui lui confère un certain sens.

L’Artiste possèderait une relation d’amour versus haine avec l’industrie. On retrouve les différentes conceptions de la production des œuvres les plus lucratives, des positions dépendantes du marché et de la compétition, notamment étatsunienne.

Il est impossible de renier la complexité du métier d’artiste. Vivre une double vie, cumuler plusieurs activités, ou encore le manque de consommation de l’art vis-à-vis de la société sont des éléments fréquemment discutés lorsque l’on parle du métier d’un artiste. Le processus de création dans le domaine artistique reste une étape primordiale. À cause de la difficulté générale de pouvoir profiter pleinement du métier, l’artiste tentera de façon régulière à développer d’avantage son art durant sa en faisant usage des collectifs d’artistes pendant la phase de création.

Brève présentation du répondant

Arthur est un artiste de 27 ans qui travail dans le domaine de la musique. Il compose depuis son plus jeune âge et mène présentement une carrière professionnelle. Il a également eu l’opportunité de faire partie d’un groupe pendant plusieurs années. Célestin est originaire de la Nouvelle-Écosse. Il fait souvent la navette entre plusieurs villes comme Montréal, la Nouvelle-Écosse, ou encore la Louisiane.
Le canevas d’entrevue


Thème 1: Le milieu artistique.
Question : Quel est votre rapport avec le milieu artistique ?

Thème 2: L’industrie.
Question : Quel est votre rapport avec l’industrie culturelle ?

Thème 3: L’argent.
Question : Quel est votre rapport, en tant qu’artiste, avec l’argent ?

Thème 4: Le public.
Question : Quel rapport entretenez-vous avec votre public ?

Thème 5: La création.
Question : Quel est votre rapport avec la création ?

Bref retour sur la menée de l’entrevue.
L’atmosphère générale de l’entrevue ainsi que son déroulement était assez détendue et cela provient surtout du fait que je côtoie Célestin depuis plusieurs années maintenant. Cependant, je pouvais quand même ressentir un certain stresse de la performance car je gardais en tête que c’était une entrevue réalisée pour une recherche scolaire. Je me questionnais également sur la clarté et la précision des réponses ainsi que de mes questions dès le commencement de l’entrevue ; ceci alimentait mon stresse. Il y a eu un moment d’ambigüité lors de la première question, cependant j’ai pu reformuler mon idée. J’ai donc adopté pour la plupart des questions une petite reformulation dans l’objectif d’être bien comprise lorsque je posais une nouvelle question. J’ai trouvé que les silences peuvent être déstabilisants mais aussi très intéressants et utiles pour cette entrevue. En effet, dans notre conception habituelle, le silence durant une conversation signifie le néant, l’absence d’idée ou encore le manque conversation. Cela peut installer une atmosphère lourde et inconfortable. On a donc tendance à vouloir le combler automatiquement. Durant l’entrevue, j’ai mentalement oublié cette conception du silence. J’ai tenu à vouloir le laisser prendre place pour permettre au mon répondant de pouvoir faire une pause, élaborer d’avantage, ralentir le débit de l’échange et ordonner ses idées, si nécessaire. Il est intéressant de noter son importance durant cette entrevue, car il a effectivement permis à Arthur de continuer à élaborer en profondeur son idée lorsque je pensais qu’il n’avait plus rien à dire. Une difficulté rencontrée était de me forcer à mémoriser les questions de mon canevas. J’évitais du mieux que je pouvais de lire mes notes dans l’objectif de ne pas briser l’atmosphère ou encore donner une forte impression au répondant que je ne suis pas à l’écoute. Un bon coup était mon intérêt pour cette entrevue. Le sujet m’intéressait personnellement donc cela facilitait ma concentration.

Retranscription intégrale de l’entrevue (verbatim)

J’aimerais savoir comment vis-tu ton métier d’artiste ?

Qu’est-ce que tu veux dire par comment je vis mon métier d’artiste?
J’aimerais savoir, dans ta vie, quelle place prend ton métier d’artiste ?
Je dirais que ça prend toute la place, parce que …Tu vois dans les iles pacifiques? Les cultures tribales, les cultures plus holistiques où ils font tous. Ils n’ont pas besoin d’exporter ou importer les choses. Ils sont justes sur une île. Il y a beaucoup de cultures, qui n’ont pas de terme exact pour qualifier le concept que nous appelons « art », car tout ce qu’ils font c’est de l’art. Est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?

Oui je vois.

Je pense qu’aujourd’hui, maintenant que nous vivons dans une société commerciale, qui est basé sur le commerce, tout a une commodité et tout a une valeur. On a rendu l’art comme une commodité aussi. Moi je me dis que le métier d’artiste, c’est plus dans le sens où; tu fais ce que tu fais du mieux que tu peux avec de l’inspiration. Tandis que si tu es entrain de créer quelque chose pour le marché, par exemple une télévision, tu peux avoir trois gammes de télévisions. Ces trois gammes vont répondre aux différentes strates du marché. Lorsque tu crées une chanson, tu ne vas pas créer une version moins bonne, une bonne version, ou une meilleure version. Tu crées juste une chose, en théorie, qui provient de ton inspiration, et puis l’inspiration pour moi c’est…c’est divin. C’est comme si ça vient des « rivières de l’inspiration » et donc deux personnes qui travaillent ensemble peuvent se connecter à cette même rivière. Ça à affaire avec Dieu, ça à affaire avec l’énergie de l’univers. Tu laisses juste passer ça à travers toi, et puis je ne pense pas que ce soit nous qui créons l’art mais plutôt que l’art passe par nous. Je pense qu’en art tu ne vas pas inventer quelque chose de nouveau. Tu vas juste être au bon endroit, au bon moment dans le contexte où tu te trouves et faire quelque que chose qui s’est déjà produit avant. Comme par exemple dans la musique, oui tu peux dire « ah ça c’est une révolution en musique » mais chaque fois qu’il y a une révolution en musique, cette révolution là va emmener un sentiment à l’audience. Tu te sens libéré, tu te sens frustré, ou que ça te fais sentir bien. Le sentiment qui vient est toujours le même. Donc lorsque tu travail dans l’art, tu travail avec l’éternel. C’est quelque chose qui ne vas pas changer. C’est proche de Dieu parce que tu as juste envie de faire du mieux que tu peux, et tu es directement inspiré. Il n’y a pas de livre ni de manuel. Lorsque tu vois une personne, que ce soit dans la rue, un spectacle, ou une peinture et que c’est vraiment de l’art; tu vas ressentir quelque chose. Ce sentiment là peut être le même que celui d’une personne qui vivait il y a maintenant deux milles ans. C’est à cause de ce sentiment là que le métier d’artiste existe.

Moi je le vis le métier d’artiste dans une société commerciale. Montréal, la Nouvelle-Ecosse, Louisiane, la France. Du jour à jour, c’est produire des albums et faire des spectacles. Et de plus en plus de nos jours, c’est le spectacle qui rapporte de l’argent, c’est très populaire et c’est de plus en plus basé sur le fait d’être un « entertainer » et il y a une façon de l’être. Je fais une division. Il y a une grosse différence entre, être un « entertaining artist » et un « artistic entertainer ». Est-ce que tu vois ce que je veux dire ?

Non, justement j’allais te demander d’élaborer d’avantage si tu peux.

Ok. Moi je préfère être et travailler avec des personnes qui sont des « entertaining artist », c'est-à-dire qu’à la base tu es un artiste mais dans ton art il y a un côté divertissant. Il y a une grosse différence entre ça et quelqu’un qui est un « entertainer ». Il s’associe avec des choses artistiques, ou esthétiques. Tu peux avoir par exemple une personne qui est seulement doué à faire crier la foule et lui faire dire « eh! ». Cependant cette personne va s’habiller d’une certaine manière, s’entourer de musiciens, et faire toute sorte de choses qui donne une allure artistique. Mais à la base, ce qu’il fait serait de l’art ou de l’« entertainment » ? Cest donc pour cela que je dis que je préfère ton « enterning artistic » que ton « artistic entertainer ».

Cependant le métier d’artiste c’est un métier comme un autre aussi. Ça vient avec son stresse. C’est un métier similaire au marché boursier car du moment que tu parle de métier de nos jours tu parle d’argent. C’est un ensemble de plusieurs réseaux. Tu peux même comparer ça au domaine de la prostitution. Toutes tes relations peuvent disparaitre du jour au lendemain. Ce n’est pas comme un travail dans lequel on t’offre un contrat de 6ans. Par exemple le label qui fait notre booking, je pense que pour eux dans leur tête, la carrière d’un artiste est de sept ans. Je pense que leur objectif est de faire le maximum d’argent durant ces sept années. Au delà de sept ans, ils vont se trouver un autre groupe d’artistes pour réaliser la même chose durant sept ans. Ça c’est un peu comme ta prostitué tu vois? Elle vient et fait son travail. Tu ne vas pas te dire « ah, celle-ci sera ma prostitué durant quarante ans ». Elle va faire son travail durant quatre ou cinq ans ensuite on va la remplacer, car il y en a d’autres qui arrivent. Dans l’industrie de la musique c’est un peu ça. Cependant dans ça, il y a des personnes qui se démarquent. C’est donc là que l’on voit la différence entre « artistic entertainer » et « entertaining artist » parce que si tu veux vraiment faire cette carrière qui est en constante évolution, durant quarante ou cinquante ans, il faut que tu emmènes quelque chose que personne ne peut remplacer. Lorsque tu es un artiste, tu as plus intérêt à emmener quelque chose d’inspirant et que personne ne peut faire. Tu n’es pas obliger de faire quelque chose de nouveau car l’inspiration revient toujours au fait de libérer les gens. Mais en se moment je suis perdu. J’ai cinq idées en même temps.

(Rire).Ce n’est pas grave. Je te laisse te libérer.

Je crois que c’est surtout ça. Pour moi, dans la musique, il y a un certain côté libérateur et tu le sens tout de suite. Lorsque tu écoutes quelque chose, tu peux le sentir tout de suite si cette personne est réellement inspirée. C’est quelque chose d’instinctif, tu ne peux même pas l’expliquer parfois. Ce n’est pas parce que quelque chose est commerciale que ce n’est nécessairement pas artistique. Ce n’est pas parce que tu es entrain de souffrir et que tu es pauvre que tu es nécessairement un vrai artiste inspiré. C’est pour cela que le monde commercial contient les délimitations les plus bizarres. A part ça, ces derniers temps, j’essaye de voir le métier d’artiste comme un art martial. Tu connais Mabika ?

Non, je ne le connais pas.

Il est un peu comme toi au fond. Il est entouré de personnes mais il garde vraiment sa propre identité malgré tout. Il est beaucoup dans le jiu jitsu, la boxe, le kong fu, et tous les arts martiaux cependant le UFC est le mélange de tout ça. Est-ce que tu connais le UFC ?

Oui.

C’est beaucoup à la mode et au début je voyais ça et je me disais que c’était un sport macho avec des hommes qui se battent jusqu’au sang. C’est donc lui qui m’a appris qu’en réalité ce n’est juste qu’un mélange d’art martial. C’est vraiment technique et complexe. Je participe à ces entrainements. Tu fais des exercices de boxe, et j’ai commencé à apprécier. Tu vas quelques fois par semaine durant une heure et demie et puis c’est tout. Pendant longtemps avec la musique, je créais seulement quand je ressentais de l’inspiration tard le soir, ayant fumé ou non. C’est un peu comme l’horreur de la folie. C’est comme si mon inspiration était guidée par la folie. Je pense que la société veut que les gens pensent que les artistes sont fous, et sont des personnes au banc de la société. Ce n’est pas un banquier, ou un commerçant. Ce n’est pas quelqu’un solide. Je ne suis pas d’accord avec ça. Je pense que souvent, les artistes ont des visions claires. Cependant dans la société commerciale, on veut te faire paraitre comme un fou parce que tu n’es pas nécessairement entrain de représenter l’argent en premier. L’art passe avant l’argent. C’est donc en côtoyant Mabika que j’ai eu l’idée de faire la musique comme un art martial. Depuis deux mois je fais des sessions de trente minutes, deux fois par jour ensuite on fait juste de la musique et ensuite on enregistre ce qu’on a fait et c’est terminé. C’est juste comme un instrument au lieu de me mettre en tête que je dois juste toucher l’instrument que lorsque je suis inspiré. De plus en plus j’essaye de vivre mon métier d’artiste comme juste une chose normale. Comme faire un thé et tu le vois, ou faire un feu et il est chaud et ne pas essayer d’avoir de grosses ambitions réaliser que c’est ton activité, c’est juste ce que tu fais et ça te tient occupé. Ça t’apporte du plaisir dans sa forme pure. Il faut protéger l’amour, la chose la plus importante c’est protéger l’amour que tu as pour les choses que tu apprécies. Il ne faut surtout pas perdre cet amour que tu as pour cette chose, sinon ça va le corrompre et éventuellement tu vas arriver au point ou tu peux te dire que tu n’aimes plus faire de la musique. Cependant ce n’est pas que je n’aime pas faire la musique mais c’était le contexte dans lequel je me trouvais et ça ne me permettait pas d’apprécier la musique.

(Silence)

J’ai bien aimé la fin. C’est vrai en plus parce que si tu ne protèges pas, tu vas finir par croire que c’est justement ça que tu n’aimes pas mais enfaite c’est dans l’environnement, dans l’atmosphère dans lequel tu es qui est tellement négatif, et qui fini par t’influencer.

Souvent dans la société, on veut nous faire croire que quelque chose est d’une certaine façon. Il faut que tu te demandes pourquoi ils veulent que tu penses ça et pourquoi les choses qui sont mises en avant sont mises en avant. L’argent est une grosse force. Je ne suis pas contre l’argent, je pense que nous avons besoin de l’argent pour vivre mais je pense que c’est extrêmement important de réaliser l’influence que l’argent possède et de pouvoir dire non lorsque tu es un musicien, ou un artiste. C’est extrêmement important. Si tu ne sais pas dire non, lorsque tu dis oui ça ne veut rien dire. Encore une fois, ça ramène à l’exemple de la prostitué. Le problème avec beaucoup de personne dans l’industrie c’est qu’ils n’ont pas de limite. Lorsque tu as un million, tu en veux deux puis quarante, et quand tu en as quarante, tu en veux cent. Le plus tu en as le plus tu as soif. Donc savoir dire non et se fixer une limite dès le départ c’est important, et bois du thé aussi. Les chinois disent « drink tea and fear nothing ».

(Rire). Je t’enterais d’en boire plus, je n’aime pas trop le thé. (Pause). J’aimerais savoir d’avantage sur ton rapport avec l’industrie. Es- tu plutôt indépendant ? Comment ça se passe?


Évidement je suis quelqu’un qui pense que c’est important de dire non comme je te l’expliquais. Au départ tu pourrais penser que je suis une personne qui est « underground », rebelle, punk ou anarchiste. Au contraire, et même le groupe m’a accusé dernièrement de ne pas être professionnel mais si tu regarde mon curriculum vitae, je fini toujours mes projets à temps. S’il y a une date limite de projet, je vais toujours finir à temps. Je pense que l’industrie c’est quelque chose d’important. Dans le monde dans lequel nous vivons il est clair que l’industrie fait avancer les choses. Tu ne peux pas juste aller chanter dans la rue, il y a beaucoup de génies qui chantent dans la rue mais on vit dans un monde dans lequel ton cœur pur doit être accéléré par l’industrie. Il faut juste trouver une façon de faire ça sans que ça ne te pervertie complètement. Moi je travail avec l’industrie mais si tu connais tes valeurs et tu sais à quel moment tu dois dire non, il y a aucun problème avec le fait de travailler avec le monde. Évidement il faut également sentir les gens avant de travailler avec, et puis moi comme n’importe qui d’autre, j’ai pu faire des bons et des mauvais choix. Par contre, chaque fois tu apprends. Moi je suis pour l’industrie. L’industrie de la musique, est une industrie propre. Elle ne pollue pas nécessairement comme des cheminées. C’est une bonne industrie dans laquelle on peut investir mais souvent les personnes ne vont pas le voir dans ce sens. Le Québec comparé au reste du Canada investit beaucoup, ils ont la musique comme industrie et je pense que c’est une bonne façon de le voir. Cependant le mauvais côté de ça, c’est qu’il ya tellement de bourses de création et de la tournée qui dirige l’industrie que les gens deviennent trop confortables. Je trouve que ça crée une industrie de personnes un peu paresseuses, qui pensent savoir ce qui va marcher, et qui se disent que de toute manière le gouvernement va encaisser l’argent. C’est le mauvais côté de ça. Tu as toujours un plus et un moins. Peut importe la société dans laquelle tu vis, si tu fais vraiment de l’art véritable, que tu reste inspiré et que tu emmènes quelque chose que les gens apprécie pour les bonnes raisons; peu importe à quoi tu ressembles, à quoi tu penses, comment tu es habillé, tout est possible.
(Long Silence)

(Rire). Lorsque je ne dis rien c’est parce que je réfléchis. (Pause). Concernant le côté financier, depuis que tu es dans le métier de l’art, est-ce qu’il y a une certaine progression, des obstacles, ou un développement? Quel est ton rapport avec le côté financier?

Oui il est clair que tu fais beaucoup plus d’argent. Par exemple tu es un peintre. Un jour quelqu’un vient et te dis que maintenant ça coute trois mille pièce pour une peinture que tu vas faire en vingt minutes. Tu ne me paye pas pour les vingt minutes mais pour les quinze années que j’ai prises pour apprendre à réaliser les vingt minutes. C’est donc sur que pour un artiste c’est sa réputation, c’est ce nom là qui devient ça valeur. C’est pour ça que tu peux voir des artistes qui peuvent vendre à cinquante millions un bol de toilette avec un dessin d’un bonhomme sourire dessus. C’est peut être relatif, mais dans notre société il n’y a pas de valeur. C’est juste un ensemble de numéros qui montent et qui descendent. Il y a des valeurs comme la religion, la philosophie, et toute sorte de formes mais tout cela est un peu secondaire au numéro et à l’argent. Si tu veux donc faire n’importe quoi aujourd’hui il faudrait que tu fasses une part et que tu aies une certaine relation avec ce système d’argent. Moi le côté affaire, mon grand père était dans les affaires donc j’ai ce côté-là instinctivement. J’ai toujours été dans les arts mais j’ai la mentalité un peu business donc souvent lorsque je suis avec un artiste, je ne vais pas te charger à l’heure pour venir travailler avec moi mais j’aime travailler en partenariat avec les gens. Ça ne te coûte rien de venir travailler avec moi, mais du moment que tu commences à faire de l’argent, on partage les pourcentages. Le plus tu fais, le plus je fais donc, tout le monde gagne. C’est une attitude de ce genre que j’aime adopter. L’industrie peut être une chienne comme ça peut être une bonne chose. C’est comme dans les arts martiaux; tout est dans ce que tu fais avec l’énergie qui t’es envoyé. Dans l’aïkido, il n’y a aucune chose comme une attaque parce que ça prend comme assomption que tu vas te faire attaquer dans la vie mais lorsque tu te fais attaquer il ne faut pas prendre cette énergie et la retourner contre ton ennemi. Donc si tu viens pour me frapper, le bras se dirige vers ma direction et moi je vais prendre ton bras et le tirer encore plus dans ma direction, ce qui va emmener tout ton corps. Moi je vois ça un peu comme ça. Si quelqu’un viens faire une prise de contrôle de ton projet, au lieu de les frapper ou les chasser tu peux les prendre sous ton ail. Tu invites l’ennemi. C’est comme dans la bible; « aime ton ennemi ». Il n’y a rien qui ne peut battre l’amour. Si il arrive avec de la négativité, tu lui donne de la positivité et éventuellement si ce n’est pas eux qui vont tomber les autres vont lui faire réaliser les choses. La vie c’est une guerre, donc je préfère ne pas me battre. Il y a d’autre moyen que la bataille. Dans un type d’art martial il explique comment ce battre mais il dit que la première règle pour rentrer dans une bataille c’est d’éviter la bataille. Éviter la bataille, c’est la meilleure façon de ce battre mais pour gagner la bataille il faut savoir mettre les choses en place. Par rapport à l’industrie, tu es toujours en bataille avec elle. Il faut juste faire en sorte que quelqu’un emmène l’idée pour qu’ils se disent que c’était leur idée mais réalité c’était la tienne. Il y a beaucoup de choses comme ça et c’est juste une histoire de stratégie. Ce qui est bien c’est qu’à la fin de la journée, sans la musique il n’y a rien. La musique parle pour elle-même. Donc, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent et dès que tu enlèves ta musique, ils réalisent qu’ils vont par exemple dans une direction complètement commerciale.

(Silence)

J’aimerais savoir si tu entretiens une relation avec ton public. Est-ce que tu as une relation avec ton public ?

Eh bien…oui j’ai Twitter. (Rire)

(Rire).Oui c’est vrai, tu me l’avais dis en plus.

Je l’utilise plus comme un livre. Les choses que je poste ne sont pas forcément liées au moment mais plus des lignes ou des pensées. Tu peux aller puis relire les vieilles choses postées, ça peut te donner des réponses pour ton texte. (Sourire). J’ai aussi mon site web et j’ai Soundcloud pour la musique ou parfois je fais des entrevues radio. Tu as envie de rire. (Rire).

Non, enfaite dans mon portable « Nom de plume » est le nom que j’ai enregistré et ça toujours été ça. Je ne sais pas, j’ai vraiment collé au mot et donc j’ai gardé.

Je pensais que tu te moquais de moi. (Sourire).

Non, pas du tout.

Sur mon Soundcloud, mon nom est « Nom de plume Calender », parce que je vois la musique comme un souvenir aussi. Ce n’est pas la musique fini que je poste, c’est juste de la musique qui est en progression que je poste depuis 2011. Tu peux donc un peu voir l’évolution de mes pensées dans la musique. En gros c’est ça. En ce moment je suis un peu déconnecté de tout ça. Je me prépare plus à me lancer dans une carrière solo, à voir des alliances dans l’industrie. Pour le moment il n’y a rien. J’ai beaucoup travaillé avec du monde c’est pour ça que j’ai plus été comme un assistant. J’aime ça aussi, même si j’avais une carrière solo, je voudrais être un peu anonyme. « Nom de plume » c’est un peu dans cette optique. Sinon, oui il faut que tu développes une relation avec les fans. Je pense qu’il y a une limite à ça aussi. Le mystère c’est bien aussi. À la fin de la journée, tout est dans la musique, tu n’as pas besoin de savoir plus nécessairement. Au lieu de faire par exemple cinquante entrevues par année, tu réalise une entrevue dix ans à la fin de ta carrière ça peut être intéressant aussi. Tu peux donner des vraies réponses aussi. Comme j’ai dis, il faut savoir dire non; des entrevues, des shows pour vraiment faire un chemin qui est particulier. Parfois ne pas donner à ces fans ce qu’ils veulent peut être la meilleure des choses car les gens ne savent pas ce qu’ils veulent. Non, les gens savent ce qu’ils veulent mais la masse ne sait pas ce qu’elle veut. La masse à une pensée générale, une pensée de groupe mais la minorité va se faire ignorer dans les groupes. Le plus fort sera le plus convaincant et même les plus faibles vont embarquer avec les plus forts. Tu as l’impression que la masse veut quelque chose mais en réalité, si tu demandes à chaque individu c’est peut être une autre histoire.

(Silence)
Comment se passe ta relation avec le processus de création ?


Comme j’ai dis, il y a deux approches. Il y a l’approche art martiale; tu le fais tout les jours, tu te forces à le faire comme un entrainement et puis ça va te renforcer. Tout ce que tu vas faire ne vas pas forcement être bon mais tu pourras t’entrainer. C’est un peu comme écrire tout les jours. C’est comme une technique pour les écrivains; chaque matin tu écris, que ce soit bon ou mauvais. Sinon il y a l’autre façon de le voir; juste sous l’inspiration. Lorsque tu te sens inspiré tu y vas ou encore se retenir. Chaque fois que tu as une idée tu n’y vas pas forcement et tu limites donc le nombre de fois que tu crée comme ça, lorsque tu y vas ça va être quelque chose de très spéciale. Donc tu peux te dire que tu vas essayer de faire un total de quatre chansons cette année. Tu vas donc vraiment prendre le temps de réfléchir et essayer de savoir quelles seront ces quatre chansons. C’est vraiment les trois approches que je vais utiliser et mélanger. Un peu de discipline, un peu de retenu, un peu de laisser aller avec l’inspiration. Peu importe, je fais toujours de la musique, même mon portable peut être un studio, j’ai mon enregistreur et c’est bon.

Parfait. Bon, écoute j’ai fini. Je t’ai posé toutes les questions que j’avais. Je te remercie. (Sourire).
Merci à toi. (Sourire).


Analyse de l’entrevue
Parmi les éléments qui ressortent plus particulièrement, on retrouve une importance portée sur le processus de création et un lien direct avec l’inspiration. En effet, lorsque Arthur aborde le sujet de l’inspiration, il utilise un champ lexical relativement religieux (divin, Dieu, éternel...Etc.). On a donc l’impression en l’écoutant qu’il y aurait quelque chose de sacré pour lui dans l’art et il ne manque pas de nous le faire comprendre; lorsqu’il dit que l’art ne nous appartient mais passe par nous. Arthur mentionne à plusieurs reprises les divers parallèles entre sa méthode d’art martial et son processus créateur, ou encore le regard qu’il porte sur la création de sa musique. (Notion de simple activité telle qu’un entrainement.)

On remarque également que le répondant fait plusieurs fois référence au contrôle et la connaissance du soi. En effet, il est important pour lui de savoir dire non dans le métier d’artiste, de ce fixé des limites, des buts à atteindre ; de s’imposer d’une certaine manière. Nous pouvons remarquer que Arthur se fixe une certaine limite et contrôle sa façon de créer lorsqu’il ne ressent pas le besoin. Il va tenter de composer que lorsque l’inspiration est présente. Il élabore également sur l’attente ; c’est une façon de patienter et de canaliser les idées qui surgissent pour pouvoir sélectionner les meilleures. De plus, Arthur nous donne clairement sa position concernant l’industrie. En effet, il mentionne qu’il est clairement pour un rapport avec l’industrie mais qu’il est primordial pour un artiste de manifester son refus, de dire non au moment opportun, pour préserver un certain contrôle. Lorsqu’il nous parle de son rapport avec son public, Arthur se retrouve sur les réseaux sociaux mais ici encore, il impose une limite. En effet, l’artiste nous l’énonce clairement qu’il est important de garder un rapport avec les fans tout en gardant une certaine distance car pour lui, tout ce retrouve dans la musique. Un fan n’est pas obligé de savoir d’avantage.

On retrouve souvent une volonté à démontrer une certaine dualité, les deux côtés d’une notion ou d’un concept énoncé durant toute l’entrevue. En effet, on peut établir un lien avec son idée de l’industrie qui peut aider considérablement dans la propulsion et le développement de l’art que produit l’artiste face à ce même secteur en question qui est capable de mettre la main sur le sort d’une carrière d’un artiste, d’en décider la durée et mettre une fin après une certaine période. La dualité se retrouve également dans le rapport avec le public. Arthur voit l’importance d’un rapport entre artiste et fans mais ajoute son opinion sur le fait que la masse ne saurait pas ce qu’elle veut. La masse serait dépourvue d’une opinion en tant que telle ; pour lui elle est composée de plusieurs individus ayant plusieurs opinions différentes. L’opinion de cette masse là serait celle de personnes qui domineraient le reste des individus. Il ne serait donc pas pertinent de ce fier complètement à l’opinion de cette masse.
Ce qui ressort également est la notion de régénération. En effet, Arthur élabore sur le remplacement des artistes par l’industrie après une carrière de sept années pour laisser place à une nouvelle génération d’artistes. De plus, nous pouvons remarquer cette idée de regénération lorsque le répondant nous explique que pour lui, on ne peut pas créer un nouvel art. L’art, ainsi que le sentiment ressenti lorsque nous sommes exposés à quelque chose de stimulant et d’artistique, est un sentiment déjà vécu, un art déjà crée par une autre personne auparavant.

Il est intéressant de remarquer que quatre thèmes sur les cinq sélectionnés dans le canevas d’entrevue, ont été énoncés par Arthur dès la réponse à la première question de l’entrevue. En effet, on retrouve clairement son opinion sur le métier d’artiste, le processus créateur, l’industrie, ainsi que l’aspect financier. On ne retrouvera donc pas immédiatement dans sa première réponse le cinquième thème qui portait sur sa relation avec son public. Cela permet de noter la pertinence du canevas d’entrevue et des thèmes présélectionnés.
Par ailleurs, Arthur complète cette entrevue en ajoutant de nouveau thèmes. En effet, nous avons pu noter qu’il apporte de nouvelles notions : la régénération, de la maîtrise de soi, le recyclage de méthodes (lien avec la réutilisation d’une pratique exercée dans le mode de l’art martial, appliquée dans son processus créateur), ou encore une nuance dans les métiers d’un même domaine. (Différence entre « entertaining artist » ainsi que « artistic entertainer »).

Cette entrevue est réalisée dans un cadre scolaire, ce qui ne nous permet pas d’aller plus en profondeur. Cependant, de différentes pistes nouvelles auraient pu être explorées si l’on devait effectuer d’autres entrevues. En effet, je pense qu’il serait intéressant dans le cas de Arthur, d’approfondir sur la satisfaction de l’artiste. Un artiste ayant un rapport avec l’industrie obtient t-il une grande liberté dans ses création ? Nous pouvons nous interroger sur la liberté (lié à sa satisfaction). Est-il plus contraint à répondre à la demande d’une masse où libre de composer et relever librement de défis d’être créatif et surprendre son public à chaque projet. Sa carrière serait-elle trop orchestrée ? De plus, il serait pertinent de se questionner sur la satisfaction d’un artiste qui exerce son métier dans un groupe. Nous pouvons également s’interroger sur les débuts de d’une carrière sans intervention d’une quelconque l’industrie. Aussi, les différentes formes d’inspiration ainsi que motivation qui laissent à l’artiste la possibilité d’apporter du contenu lors de ses compositions. Enfin, nous pouvons questionner l’artiste sur l’importance de la progression, du changement ou encore du renouveau dans son art. Est-ce que ces concepts sont importants pour l’artiste dans son métier ? Est-il essentiel pour lui de se surpasser à chaque nouvelle composition ?









 
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